La Mission pour la Science et la Technologie du Consulat Général de France à Houston a organisé lors de la conférence annuelle de l’American Association for the Advancement of Science (AAAS) à Washington DC le 19 février dernier un symposium sur la régulation des nanomatériaux. La table ronde avait pour but de réunir des experts des deux cotés de l’atlantique afin de définir les problématiques communes et comparer les actions entreprises aux Etats-Unis et en Europe.
Claude Weisbuch de l’Ecole polytechnique a commencé par présenter une vue globale du domaine des nanotechnologies en pointant les questions qui se posaient quant à leur utilisation de manière sûre. Philippe Martin du directoire général pour la santé et la protection des consommateurs à la Commission Européenne, Carlos Pena de la Food and Drug Administration (FDA) et Jim Alwood de l’Environmental Protection Agency (EPA) ont tour à tour évoqués les mesures de régulation mises en place par leurs organisations respectives concernant les nanomatériaux.

De gauche à droite : Carlos Pena (FDA), Jim Alwood (EPA), Philippe Martin (Commission Européenne), Claude Weisbuch (Ecole Polytechnique) et Alberto Pimpinelli (MST) Crédits : MST
Nanoscience et nanotechnologie : où se trouve le nanomonde ?
Pour Claude Weisbuch, le nanomonde existe. C’est celui des virus, de l’ADN. Mais nous ne vivons pas proprement dit dans ce nanomonde. Weisbuch a ainsi commencé par présenter la différence entre la nanoscience et les nanotechnologies. Les nanosciences cherchent à comprendre les lois qui gouvernent le nanomonde, les nouvelles propriétés de la matière à cette échelle, alors que les nanotechnologies ont pour but d’appliquer ces découvertes pour concevoir de nouveaux produits. Les nanotechnologies ont ainsi la potentialité de renouveler profondément de nombreux secteurs : énergie, information et télécommunications, médecine, matériaux, etc.
Mais qui dit nanotechnologie ne dit pas nanomatériau. Et là se situe, selon le chercheur, une forte confusion en général. Une grande partie des produits issus des nanotechnologies sont le résultat d’une intégration des nanomatériaux dans une matrice macroscopique. Ce sont certains composants au sein d’un circuit intégré pour un ordinateur ou encore des nanotubes de carbones introduit dans une matrice pour renforcer des structures (des nouvelles raquettes de tennis par exemple). La question de la toxicité éventuelle va se poser en fait pour une catégorie limitée de nanomatériaux auxquels une exposition réelle, à l’échelle nano, pourra avoir lieu pour le travailleur ou le consommateur.
La régulation des deux cotés de l’Atlantique
Philippe Martin a commencé par poser une question centrale dans la régulation des nanomatériaux : qu’est ce qu’un nanomatériau ? Comment définir les limites de ces composés ? Faut-il seulement tenir compte de la taille ? Faut-il ajouter des propriétés particulières ? Cette question est liée aussi au problème de métrologie auquel sont confrontés aussi bien les régulateurs que les chercheurs. Le développement des nanotechnologies nécessite de mettre en place des instruments de mesure adéquats, capables de détecter des nanoparticules et de les identifier (taille, propriétés, composition, etc.). L’évolution rapide du domaine, en seulement 10 ans, oblige les régulateurs à remettre en cause en permanence les procédures utilisées afin de s’assurer que celles-ci sont toujours efficaces.
